Olivia Maurel est une femme libre au sens propre : Elle a choisi ce qu'elle ferait de ce qu'elle
a subi. Elle oppose en cela une définition adulte de la liberté à une définition adolescente,
qui la perçoit comme absence de contraintes et déni de la réalité.
« Où es-tu maman ? », son livre témoignage qui dérange la bien-pensance et l'ignorance
maquillée en bons sentiments, est une gifle pour qui aimerait banaliser, tamiser, éviter,
contourner la déhumanisation de ce qu'est la GPA.
L'acronyme est un recours systématique dans le totalitarisme 2.0. Celui qui n’a pas besoin de
dictature ou de policiers pour imposer comment penser et surtout comment ne pas
réfléchir. La souffrance bien rangée et réduite au silence derrière quelques lettres
majuscules. Comme nombre de souffrances psychiques que l'on désarticule en TOP TOC
TDAH TCA, celui de GPA permet de ne pas penser la réalité de la location d'utérus et de la
vente d'enfants.
Sms glauques pour définir comme un catalogue de vente par correspondance les
caractéristiques du futur enfant, obligations et interdits auxquels la contractuelle devra jour
et nuit se soumettre avant et pendant la grossesse, et parfois, en pleine grossesse,
changement d'avis imposant l'avortement aux frais de la surrogate, et j'en passe. La
Gestation pour autrui ne peut pas être éthique et aucune belle histoire ni exception ne
saurait jouer à saute- mouton avec l'impératif catégorique qu'est le respect de la dignité qui
interdit de vendre, louer, acheter un être humain.
Qui oserait affirmer avoir la certitude dans ce sordide marchandage que l'intérêt supérieur
de l'enfant est préservé? L’eugénisme serait un humanisme donc ?
Quel juriste pourrait soutenir qu'un contrat de travail qui stipule une aliénation totale du
corps de l'employée et un contrôle de ses relations, de sa sexualité, de son alimentation et
des déplacements neuf mois durant, nuit et jour, est légal ? La mauvaise foi consiste à faire
appel à la notion de « property ». Mais en anglais, property signifie tout aussi bien
« propriété » que personne propre. En aucun cas cela n’induit qu’une femme est libre de
consentir à une telle exploitation. Un tel consentement est extorqué dans un contexte de
vulnérabilité et souvent d’ignorance des suites (attachement puissant se mettant en place
pendant les neuf mois d’échanges ininterrompus avec le bébé, gestes suicidaires accrus pour
la parturiente une fois séparée de celui auquel elle a donné la vie, etc). Si mon corps m’est
propre, il n’est nullement pour autant un « air bnb » à disposition d’autrui.
Quel médecin pourrait, même en bazardant son primum non nocere, nier que la GPA, en
particulier lorsqu'on implante les ovocytes d'une tierce personne, s'accompagne d'une
augmentation de 30 à 40% de complications obstétricales ? Retour à des situations
devenues pourtant relativement rares grâce aux progrès réels de la médecine réelle, avec
pré éclampsies et AVC. La GPA n’est en aucun cas de la médecine, ni un traitement de la
stérilité. C’est un trafic d’êtres humains avec des Frankenstein aux manettes, qui jouent dans
des laboratoires à décorréler la reproduction de la sexualité et la naissance de la maternité.
Quel philosophe ne verrait pas là un bouleversement anthropologique de la filiation
reposant sur la différence des sexes, des âges et des générations, et un accès interdit à
l’arbre généalogique ?
Quelle mère ne verrait pas là une fragmentation de la maternité, au profit des parents
d'intention qui commandent, la mère d'intention, la mère porteuse et la donneuse
d'ovocytes étant trois personnes différentes ?
Lorsque l’on demande à une femme miséreuse recrutée pour ses attributs physiques ou
autres, mais surtout pour sa vulnérabilité et sa pauvreté, d’organiser toute sa vie pour un
bébé qu’elle remettra à l’accouchement, c’est-à-dire de supporter tous les inconvénients
d’une grossesse pour ne tenir aucun enfant dans ses bras neuf mois plus tard, on lui impose
un clivage d’une violence inouïe. Investis-toi et désinvestis-le ; fais tout pour lui et
abandonne le. Applique-toi mais ne l’aime pas. Injonction paradoxale qui rendrait fou
n’importe quel humain.
Qui ne comprendrait, non seulement la violence psychique, mais la violence physique
insoutenable pour un nouveau-né qui a besoin des bras et de la chaleur de sa mère, d’être
ainsi transporté tel un petit paquet à qui un biberon et une couche suffiraient pour devenir
un jour, un adulte équilibré et doté d’une représentation réaliste de soi et de l’autre, de ses
contours corporels et des lois de l’attachement connues depuis les années 60 ?
Ne soyons pas naïf, car notre fausse candeur est une perversion. Ce qui se joue là n'est pas
seulement le massacre psychique in utero d'un enfant, mais également la désappropriation
de la maternité par la femme. Ne pas pouvoir procréer est une souffrance majeure. Les
couples en espérance d’enfant explosent parfois en vol. Pour autant cela les autorise-t-il à
réduire en esclavage une femme qui ne peut consentir à ce qu’elle ignore, et un être humain
non encore conçu, qui ne peut donc consentir à la planification de son achat et de son rapt ?
A cet égard ceux que je reçois en consultation ne me parlent jamais de GPA mais déplorent
les difficultés croissantes d’adoption en France.
Les sucreries médiatiques visant à nous faire avaler les couleuvres rhétoriques ne sauraient
faire oublier la différence entre la réparation d'une perte tragique par l'adoption et la
planification avant conception d'arracher le jour de sa naissance un enfant à celle qui l’a
porté.
Il faut faire preuve d'un obscurantisme absolu, pour prétendre que les liens entre la mère et
le bébé sont superflus. Les découvertes en embryologie et notamment le chimérisme
materno fœtal montrent que pendant 27 ans après l’accouchement, des cellules du bébé
restent dans le corps de la mère et inversement. La nature est bien faite, elle soutient
physiologiquement l’attention psychique de la mère à l’enfant. L’être humain est une unité
psychosomatique dont l’existence est dépendante du lien d’attachement. Les conséquences
psychiques sont passées sous silence, mais le livre d’Olivia Maurel nous les rappelle
douloureusement.
La voix de la mère stimule les aires cérébrales plus qu'aucune autre. La préoccupation
maternelle pour son nouveau-né est indispensable à la santé globale du tout petit, a son
humanisation, à la nidification de son âme de son corps, à son sentiment de continuité
d'exister. Les dépressions du nourrissons notamment chez les orphelins montrent que des
soins strictement techniques (biberon, change) ne suffisent pas au bon développement
sensoriel, immunitaire et cérébral du bébé.
Le progrès serait donc de confondre désir d’enfant et droit à l’enfant, donc de nier la
différence entre chose et personne ? De nier les risques suicidaires, les troubles psychiques,
de la mère, de l'enfant ? d'invisibiliser celles qui ont en cours de route regretté ?
Parler de consentement et de propriété fait partie des tours de passe-passe sémantiques
que l’on nous sert à toutes les sauces dans la folie progressiste actuelle. Changer le mot, ou
le supprimer est un moyen radical d’empêcher le commun des mortels de penser la réalité
d'une barbarie. Il ne peut y avoir de consentement de l’enfant. Mais pas non plus de la mère
porteuse. Car la grossesse est un évènement non prédictible et unique. Tous celles d’entre
nous qui ont vécu plusieurs grossesses savent que chacune est unique, comme l’enfant à
naître. La première peut être facile, et la seconde terriblement anxiogène. De la même
manière deux accouchements ne se ressemblent jamais. Mais ce qui perdure c’est notre
nature de mammifère. La nécessité que la mère investisse le bébé pour que celui-ci se
développe bien et fasse l’expérience comme disait Winnicott, que la vie vaut la peine d’être
vécue. Le progrès technique à tout prix veut que parce que l’on peut le faire, on doive le
faire. Au prix de notre dimension relationnelle, animale et morale. La toute-puissance
mortifère envers et contre les lois de la vie.
Marie-Estelle DUPONT